Argent de Tiznit
Bijoux en argent des femmes amazighes de l’Anti-Atlas, surtout des paires de fibules avec chaîne de poitrine, des bracelets et des parures frontales ; faisant partie de la dot, ils restaient la propriété de la femme et lui assuraient une sécurité matérielle. Tiznit passe pour la « capitale de l’argent ».
Ce que c’est
Il s’agit des bijoux en argent que portaient les femmes dans les villages de l’Anti-Atlas : paires de fibules avec parure de poitrine, bracelets émaillés et niellés, colliers d’ambre et de corail, diadèmes, anneaux de cheveux, pendentifs et boucles d’oreilles. Chez les hommes, le poignard sert à la fois d’arme et de parure.
La pièce la plus importante est la paire de fibules (tizerzai), reliées par une parure de poitrine faite de larges chaînes (sisla), au milieu de laquelle pend une grosse boule (tagmout) ou une boîte (herz). Les fibules retiennent, juste au-dessus de la poitrine, la longue étoffe drapée autour du corps et des épaules, principal vêtement des femmes à la campagne. L’Encyclopédie berbère décrit la fibule du Maghreb comme une forme en oméga : un anneau à ardillon mobile, porté par paire aux épaules pour retenir une étoffe rectangulaire, les deux pièces le plus souvent reliées par une chaîne à laquelle pend, au milieu, un étui.
D’où cela vient
Les pièces viennent des villages de montagne de l’Anti-Atlas, par exemple des Ida ou Semlal à l’ouest, des Ida ou Nadif au centre ou des Ammeln autour de Tafraoute ; la forme, le décor et la technique, surtout des fibules, sont devenus la marque de chaque tribu. Tiznit, la « capitale de l’argent », célèbre cet artisanat avec le festival Timizart, qui s’est tenu en 2023 pour la onzième fois. Les bijoux émaillés sont, selon l’Encyclopédie berbère, limités au Maghreb à trois régions, dont l’Anti-Atlas marocain, « plus précisément Tiznit ». Tiznit appartient aujourd’hui à la région de Souss-Massa, et la Maison de l’Artisan compte, outre Tiznit, Laâyoune, Guelmim et Essaouira parmi les lieux de l’orfèvrerie d’argent.
Histoire
Selon Grammet, les maîtres (maâlmin) de Tahala exerçaient à plein temps, tandis que les orfèvres de villages comme Tizi Imichioun étaient en même temps paysans. À la fin du XVe siècle, des techniques et des formes de l’orfèvrerie andalouse arrivèrent d’Espagne dans le Sud ; associées aux motifs géométriques du pays, elles donnèrent naissance à une forme d’art originale. L’Encyclopédie berbère le confirme : l’art de l’émail, déjà connu aux époques vandale et byzantine, survécut en Espagne au Moyen Âge et arriva en Afrique du Nord avec des artisans andalous, où il se maintint dans des régions de montagne isolées.
Les fibules sont attestées au Maroc dès l’époque romaine, à Tamuda près de Tétouan et à Volubilis, alors le plus souvent sous forme de fibules arquées. Pour la fibule en oméga des Berbères, Camps-Fabrer ne voit pas d’évolution locale nette et suppose une influence venue d’Espagne, avec la conquête de 711 ou plus tard avec les Morisques, sans trancher.
De quoi c’est fait
Outre l’argent, les orfèvres utilisent l’émail, des cabochons de verre, l’ambre, le corail, des coquillages et des pièces de monnaie. Pour l’émail vert et jaune, on pilait autrefois des perles de verre de Bohême ou de Murano ; aujourd’hui, on fait fondre un fondant vitreux de sable, de minium, de potassium et de soude, auquel on ajoute de l’oxyde de cuivre pour le bleu, de l’oxyde de chrome pour le vert et du chromate de plomb pour le jaune.
Comment on le fait
Les techniques comprennent le repoussé, la fonte, la soudure, la gravure et la ciselure, l’émaillage, le niellage et le filigrane. L’émail, répandu surtout dans l’ouest et le centre de l’Anti-Atlas, remplit des cloisons de fil de filigrane torsadé ; pour le nielle, un mélange d’argent, de cuivre, de plomb et de soufre est fondu dans des surfaces gravées puis poli jusqu’à ne plus subsister que dans les creux, en un dépôt noir.
Quand
Avant le mariage, le futur époux négociait la dot, qui comprenait, outre des moutons, des chèvres, des bovins et de l’argent, des bijoux ; ceux-ci restaient la propriété de la femme, même après un divorce, et étaient complétés les bonnes années. L’ambre et le corail se négociaient dans les souks à des prix fixes et connus de tous, et passaient donc pour un placement sûr.
Comment le reconnaître
La stratégie nationale de labellisation du ministère de l’Artisanat range les bijoux en argent de Tiznit parmi les filières pour lesquelles des marques collectives de certification sont créées ; les certificats vont aux entreprises dont les échantillons sont conformes au règlement d’usage. En janvier 2025, le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat a renouvelé auprès de l’OMPIC la marque « Tazerzite » pour les bijoux en argent de la région de Souss-Massa. Au Musée national de la parure, dans la kasbah des Oudayas à Rabat, rouvert le 9 janvier 2023 après restauration, l’exposition permanente est consacrée aux bijoux ; la collection a été enrichie de bijoux amazighs issus de la collection personnelle du roi Mohammed VI أيده الله (qu’Allah L’assiste).
En bref
- Darija
- feḍḍa, l’argent
- Tamazight
- tizerzai (Grammet) ou tinerzai (Maison de l’Artisan), les fibules
- Marques de certification
- bijoux en argent de Tiznit dans la stratégie de labellisation du ministère de l’Artisanat ; « Tazerzite » pour les bijoux en argent de Souss-Massa, renouvelée en 2025
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Dernière vérification le 26 oct. 2026. 9 sources, dont 3 primaires (administration, UNESCO, exploitant).